L'effet "boule de billard", que j'ai renommé "stratégie du choc", est brièvement exposé dans (l'indispensable!)
Urbatopies de Jean Haëntjens. Cette "approche stratégique" consiste à agir sur une dimension de la ville pour faire progresser les autres. Et c'est bien souvent le levier culturel qui est utilisé car d'une part la culture constitue pour Jean Haëntjens une sorte de "lien" entre l'économique, le social et l'environnemental; et d'autre part la culture possède une mission pédagogique : elle change le regard des citoyens sur leur ville et donc leur comportement et leur appréhension de l'espace urbain qui est le leur.
L'illustration parfaite de l'effet boule de billard est le musée Guggenheim de Bilbao, ayant ouvert ses portes en 1997 dans une ville industrialo-portuaire en perte de vitesse.
Aujourd'hui, Bilbao est la 3e ville la plus chère d'Espagne.... BOule de billard !
Il s'agit aussi pour ces villes de se doter d'un geste architectural fort avec l'idée de forger à la cité une identité visuelle marquante. Le tout récent parasol géant de Séville a de bonnes chances d'atteindre cet objectif .
Dernier exemple espagnol (car il faut avouer que les villes de ce pays innovent de ce point de vue), la Cite Del Arte de Valence dont le premier élément date de la même époque que le Guggenheim de Bilbao.
Tous les élements sont encore une fois réunis: ville ayant besoin de retrouver une identité dans le cadre d'un renouveau économique, architecture imposante et perturbante de l'archistar espagnol Calatrava, et aménagements et développements urbains tout autour du nouvel équipement.
[ OFF : n'hésitez pas à consulter la rubrique "portraits de villes", ces trois exemples y sont exposés sous toutes les coutures ;) ]
En France, la sobriété est de mise (de ce point de vue les espagnols sont bien moins frileux !). Principale réalisation : la perturbation de la skyline traditionnelle de la ville européenne par une tour qui paraît alors surdimensionnée ! C'est ici le cas de Nantes avec la
Tour Bretagne qui est montrée mais les exemples se multiplient :
Euralille, la
Part Dieu de Lyon ou la controversée
Tour Montparnasse parisienne. Le cas de sa vieille cousine la Tour Eiffel est unique : elle a créé un choc si fort dans son contexte historique qu'elle fut immédiatement rejetée par les parisiens avant de devenir l'élément identitaire majeur de Paris.

La mode du "qui aura la plus grosse [tour]?" fait des émules aujourd'hui dans les agglomérations françaises de moindre envergure que celles précédemment citées. Ici la ville du Havre, qui bien qu'elle soit exemplaire dans sa recherche d'innovation et de d'audace (voir
là ou
là), peine à trouver sa place dans la concurrence entre grandes villes portuaires européennes. Le projet de cité de la mer imaginé par Jean Nouvel achèvera-t-il le processus entamé ?
Ici un autre exemple: la
Turning Torse (
imaginée par l"espagnol mondialisé -mais non moins génial- Calatrava). Située à Malmo, en Suède, au bord d'un détroit faisant face à l'influente Copenhague, cette tour est érigée au milieu d'un quartier portuaire ayant souffert de l'arrêt des activités et de la destruction d'un élément d'identité capital, la "
grue de Kockum".
Tout cela est bien impudique et opulent. (Bling bling vous avez dit ?)
On peut aussi "choquer" plus subtilement. Ouvrir les yeux sur la beauté cachée de l'existant.
Un petit aperçu avant un article consacré à la lumière dans la ville.
Travail de l'artiste Yann Kersalé sur la mise en lumière du port de Saint-Nazaire dans le cadre de "La nuit des Docks" pour une réappropriation du port par les habitants et un nouveau rayonnement de la ville.