12 janv. 2012

Urbanistes méconnus, le clash ! (partie 1/3) : Mickey




Mickey... ce grand urbaniste ? 

A l'heure où les villes, semble-t-il, tendent de plus en plus à ressembler à des parcs d'attractions pour touristes-citadins 2.0, explorateurs dans leur propre environnement mais adeptes d'un mode de vi(e)lle aseptisée, on peut se demander si l'urbanisme et les politiques qui sont derrière ces transformations ne puisent pas leur source chez la célèbre souris aux grandes oreilles.

Les parcs à thème et "resort" Disneyland, Disney World, Disneyland Paris et autres adaptations asiatiques peuvent sans doute compter parmi les plus grandes opérations urbanistiques du siècle dernier. Construire à partir du vide, aménager un espace libre de toute histoire (si ce n'est agricole), sans contrainte de tissu urbain pré-existant, de respect du patrimoine ou de prise en compte des aspirations des citadins; cela n'est-il pas le terrain de jeu rêvé pour un penseur de ville moderne ?


Ah ça, Monsieur Walt a dû kiffer sa race d'urbaniste mégalo, enfermé dans sa "Florida room" en Californie pour l'élaboration de son gigantesque projet de ville du futur sur le site de Walt Disney World d'Orlando (les parcs à thèmes furent alors relégués au rang de machines à fric pour financer la démesure et la folie d'un tel projet).


EPCOT, pour Experimental Prototype Community of Tomorrow.. tout un programme. Une ville futuriste conçue avec la naïveté propre à une époque où l'on rêvait un début du XXIème siècle fait de voitures volantes et de vacances sur la Lune. 

Outre l'aspect onirique du projet, il est intéressant de constater que Walt Disney reprend à son compte bon nombres de théories fonctionnalistes à la Charles-Edouard Jeanneret.


Séparation des circulations avec une grande station multimodale centrale où convergent les grandes autoroutes extérieures et d'où est distribuée l'ensemble des circulations urbaines intra-muros. 


Séparation des fonctions avec une zone commerciale et un centre des affaires au centre, une ceinture verte séparant le coeur de ville des lieux d'habitation. Une carte colorée comme les aiment les adeptes de l'urbanisme de secteurs. 



Sur le plan architectural, le projet EPCOT poursuit la lancée de "l'architecture réconfortante" telle que pratiquée par Walt Disney et ses sbires. Dans le centre commercial géant et couvert, il est proposé aux clients un voyage à travers les grandes villes du monde occidental, dans un parti pris architectural rétrospectif. Il s'agit d'évoquer "le bon vieux temps", celui des petits commerçants, de la bonne morale, de la sécurité et de la convivialité entre voisins, comme cela est pratiqué dans tous les parcs à thèmes du groupe à travers le monde avec la célèbre "main street" accueillant les visiteurs. 



Autant dire qu'ici, Walt fait le grand écart avec les principes précédents qui relevaient d'un modernisme exalté reléguant dans le passé les anciennes méthodes et les vieilles pratiques de la ville.

Le reve de Disney s'est-il réalisé ? Après la mort de Walt Disney en 1966 le projet EPCOT fut revu largement à la baisse car la nouvelle équipe en charge de la compagnie se trouvait devant un défi urbain insurmontable pour ce qui reste à la base un studio de cinéma, il faut le rappeler. Seul un parc à thème fut construit sur le site de Walt Disney World, celui-ci ayant pour thème l'innovation technologique et industrielle dans la lignée des expositions universelles de la fin du 19ème siècle. 

La Walt Disney Company n'a cependant pas mis au placard ses projets immobiliers, loin s'en faut. Abandonnant la vision progressiste du père fondateur, la multinationale s'est retournée vers l'histoire, vers un passé largement mythifié, devenant leader incontesté de l'architecture postmoderne, une architecture adepte du pastiche et du vernaculaire standardisé, s'opposant frontalement à l'architecture internationale des buildings, des parois de verres et de la démesure.

Un quartier résidentiel de la ville de Celebration. So cute, isn'it ?

A Celebration en Floride et au Val d'Europe à Marne-la-Vallée, l'empire Disney s'est installé pour construire des villes hors du temps et de l'espace. Deux iles urbaines qui proposent aux plus riches un cadre de vie propre, et sécurisant, dans un décor de carton-pate qui n'en est pas un. 

Le centre-ville du Val d'Europe. Apparemment ancien, réellement nouveau. 

Etudié par le sociologue Hacène Belmessous dans "Le nouveau bonheur français", le cas français du Val d'Europe est analysé sous l'angle de l'exclusion, de la privatisation de la conception d'un espace urbain néo-libéral. Fondé sur l'individualisme, cette ville largement privée jette le discrédit sur les grandes opérations urbaines de la seconde moitié du XXème siècle, la politique des grands ensembles notamment. Les propriétés privées gérées par des promoteurs immobiliers peu scrupuleux de mixité sociale sont construites selon des conventions architecturales dictées par la Walt Disney Company elle-meme. Au Val d'Europe, point de salut pour les marginaux, les catégories populaires ou meme la classe moyenne inférieure. Nombre d'habitants, "las d'une ville usée par le conflit et le chaos" déclarent ainsi leur fierté "d'avoir payé souvent très cher et sans discuter leur droit à la perfection du bonheur"

Le new urbanism dans toute sa splendeur

Cette façon de concevoir la ville a été théorisée avec le mouvement du "New Urbanism" fondé sur les principes qui ont édicté la construction de la ville de Célébration en Floride. Cette révolte face aux supposées monstruosités d'un urbanisme plus soucieux de cohésion urbaine mais générateur de conflits sociaux a maintenant ses adeptes parmi les professionnels français. L'urbanisme disneyien a fait des petits, que ce soit au Plessis-Robinson ou au Port Grimaud, voir

Mais est-ce qu'un urbaniste qui ignore ouvertement les problématiques sociologiques et économiques et l'histoire d'un territoire est réellement un urbaniste ? Visiblement, avec Mickey, tout devient possible mais pas pour tout le monde.


8 janv. 2012

Vers une nouvelle mobilité urbaine


Suite à notre petit inventaire des nouvelles pratiques de la mobilité extrême, voici quelques applications accessibles pour le commun des citadins. En attendant de voir un métro tournoyer entre les buildings pour en desservir les étages les plus hauts, vidéos ici, quelques expériences abordent la mobilité urbaine dans une nouvelle dimension.

C'est le cas du Métropole Parasol de Séville qui offre une vision totalement inédite de la ville et laisse imaginer de nouvelles façons de s'y déplacer. Pour le moment le circuit permet juste de faire le tour du site, mais ce type d'infrastructure pourrait être "greffée" à un tissu urbain déjà existant offrant ainsi une nouvelle manière de parcourir la ville. 



Dans le même style, un autre circuit piéton en Allemagne près de Duisburg, plus de d'info ici. Ces expérimentations témoignent du regain d'intérêt pour la mobilité piétonne en ville. Après l'échec de l'urbanisme sur dalles, ces circuits alternatifs faits de passerelles offrant plus de souplesse et de légèreté, sont peut-être une des solutions. 


Dans un autre registre et dans un autre milieu, après l'installation d'un téléphérique dans les favelas de Rio, c'est maintenant une enfilade d'escalators qui vient compléter la panoplie possible des transports en milieu urbain très dense et escarpé. Ces réponses ne sont-elles pas plus excitantes que la déferlante de tramways en site propre ou que les prochaines armada d'auto-lib qui vont envahir nos villes suite au "succés" du service ?

le Métrocâble au dessus des favelas de Rio

escalators dans un bidonville en Bolivie

Pour le moment nos administrations et nos chers politiques ont 30 ans de retard, si ce n'est plus. Mais nous pouvons espérer que le renouvellement des générations fera table rase de tout cet immobilisme en matière de mobilité. Heureusement les consultants indépendants et autres jeunes urbanistes et utopistes (ou les deux?) se chargent de repenser la mobilité de demain au croisement de ce qui se fait aujourd'hui. Ici, l'interview de François Bellanger, animateur du programme de consultation Transit-City et rédacteur de l'excellent blog associé ici.


Ces capsules de verre suspendues à des rails en pleine ville, vision utopique ? Pas tant que ça, récemment Google a investi 1 million de dollars dans la société Shweeb qui produit ce drôle de monorail à pédale. Nous verrons peut être bientôt les développeurs jeunes et branchés de Google traverser le campus de l'entreprise à bord de ces capsules.

Cet inventaire n'est bien entendu pas exhaustif mais il présente une partie de ce qui se fait de nouveau en matière de mobilité. Bien que ces expériences ouvrent le champ des possibilités elles restent associées à des infrastructures très importantes nécessitant des investissements énormes. Ce n'est que devant le mur que les autorités responsables, qui pourrissent la vie des automobilistes au lieu de proposer de réelles alternatives ou qui dessinent des itinéraires de tramway dont personne ne veut, accepteront peut-être d'écouter d'autres discours et d'essayer de nouvelles choses. En attendant quelques éléments de réponses sont déjà entre nos mains comme les smart-phones qui peuvent rapidement mettre en relation des automobilistes se rendant au même endroit grâce à des applications dédiées. Ces mêmes smart-phones qui rendent plus facile l'utilisation des services de vélos en libre services indiquant en permanence à l'utilisateur averti le nombre de vélos disponible dans chaque station. De véritable communautés de citadins connectés se mettent en place faisant une utilisation plus intelligente de l'offre de transport aujourd'hui à notre disposition. 

3 janv. 2012

Pause onirique 3

La frénésie d'une ville de 7 millions d'habitants, Saigon au Vietnam. Une activité humaine que notre vieille Europe ne supporterait surement pas. Mais surtout un incubateur de nouvelles pratiques urbaines à grande échelle. Les enjeux de demain se sont eux aussi délocalisés vers ces pays émergents qui ont soif de développement et ne sont pas encore sclérosés pas les réglementations et les administrations.

11 déc. 2011

Les sports extrêmes comme modèle de la mobilité urbaine de demain ?

En matière de mobilité, les sports extrêmes innovent sans arrêt, de nombreux échanges entre disciplines et milieux permettent de découvrir de nouveaux sports chaque année. Ces nouvelles pratiques ont-elles leur places en ville?


Les formes urbaines ont radicalement changé ces dernières décennies se densifiant et prenant de la hauteur, pourtant les moyens de transports ont peu évolué. Le confort, la rapidité et l'esthétique ont progressé mais les principes sont toujours les mêmes. Bus, métro, tram, taxi et vélo sont adaptés à une ville qui s'etend au sol or nous en voyons les limites aujourd'hui. Dans une ville qui prend de la hauteur les transports doivent suivre le mouvement.

C'est là que les pratiques de la mobilité extrême permettent de penser de nouveaux moyens de se déplacer. Cette vidéo présente les derniers sports sortis de l'imagination de quelques têtes brulées en quête de sensations fortes. 


Ce questionnement est renforcé par quelques expériences qui commencent à voir le jour dans les grandes villes. Terminée la doctrine "métro / boulot / dodo" dans la ville ludo-sportive il faut mouiller le maillot pour aller travailler ou consommer, la mobilité de demain est au moins à ce prix.

Pour aller d'une tour à une autre quoi de mieux que de traverser en slackline ? vidéo ici

Un bassin de surf au cœur de la city, ou comment dire aux traders qu'ils vont bientôt devoir se mouiller pour aller bosser... vidéo ici

Intervention rapide en milieu urbain (Transformer 3)

Le cinéma aussi témoigne de l'évolution des mentalités, dans cette scène de Transformer 3 une équipe d'intervention saute en Wingsuit au dessus de Chicago (pardon pour la référence mais il faut avouer que l'idée est intéressante) la vidéo du making off ici.

Face à des mutations environnementales, les bouleversements urbains sont l'occasion de percevoir différemment la menace pour mieux s'en protéger ou mieux s'en servir. La presque inévitable inondation de Londres serait une occasion de repenser et de faire évoluer notre mobilité. Sur ce sujet de la résilience urbaine, je vous conseille l'article en 3 parties d'urbanews : P1, P2 et P3. Ces exemples ne sont pas accessibles pour le commun des citadins et ne sont donc pas des solutions, mais ils permettent de penser différemment la façon dont nous pouvons nous déplacer dans toutes les dimensions notamment verticalement. Prochainement un autre article viendra compléter ce raisonnement avec des exemples plus accessibles.

Vent force 8 ce matin sur Londres... Au boulot ! 

Pour les plus fainéants, le Jet-pack aquatique, vidéo ici

10 déc. 2011

L'esthétique de la catastrophe

Le dernier projet de MVRDV pour Séoul, plus de détails ici. Présenté comme un nuage pixéllisé qui envelopperait ces deux tours, la forme évoque plutôt autre chose... Quand l'esthétique du chaos devient une source d'inspiration, inconsciente ou non, faut-il y voir le fantasme de la catastrophe et de la destruction ?



3 déc. 2011

Avatar virtuel comme avenir urbain

Suite à notre article sur l'urbanisme fictionnel, voilà une solution envisageable à prendre au second degré.

Entre les projets qui ne verront jamais le jour faute d'argent et les villes qui tombent en ruines comme Détroit, la ville à du mal a se refaire une beauté. Le paysage urbain se dégrade doucement, mais si nous voulons éviter de finir par vivre dans des villes fantômes, vieilles et déprimantes il faut trouver des solutions pratiques. 


Voici une proposition politiquement incorrecte mais presque réalisable techniquement, ce n'est qu'une question de temps. La réalité augmentée permettrait de projeter sur la ville décrépie des images présentables qui sans le virtuel seraient sans doute restées dans les ordinateurs des agences d'architecture et d'urbanisme. En portant une paire de lunettes avec écrans transparents intégrés, en attendant que l'information soit directement envoyée dans votre cerveau, vous découvririez une ville merveilleuse à l'épreuve du temps, en perpétuelle évolution. La technique permettrait même de faire disparaitre les nuisances visuelles comme les clochards, les jeunes délinquants, les bâtiments abandonnés, les tags, le mauvais temps, etc... Un système de calques vous permettrait de choisir quelle ville vous voulez voir.

un système d'alerte préviendrait des éventuels dangers que l'on ne peut pas encore supprimer

Une ville à deux visages se mettrait en place avec d'un coté ceux qui peuvent s'offrir ces lunettes de réalité améliorée et les autres qui resteraient dans le monde délaissé abandonné et déprimant. Plus la peine de faire des ravalements de façade ni de remplir les vitrines des magasins de toutes façons les pauvres sans prothèses visuelles ne pourraient même pas se payer ce qu'ils verraient. 


La ville ne serait plus qu'un avatar virtuel, une réalité améliorée pour homme augmenté. Le cinéma a déjà commencé à ne montrer que ce dont il a envie, les effets spéciaux et retouches numériques sont partout dans les films et séries. Cette vidéo présentant la technique montre comment les rues se reconstituent numériquement, comment le temps est modifié, comment la ville est sublimée pour se montrer plus séduisante au regard. 


Grâce aux fonds verts il est plus facile d'intégrer des éléments virtuels. Au lieu de rénover les façades, ce qui couterait trop cher, il suffirait juste de repeindre les murs en vert pour projeter l'image valorisante et moderne du projet à sa place. Les nouvelles constructions ne seraient plus que des volumes verts qui serviraient de support aux projets virtuels avec textures et lumière. 


Bienvenue dans la Matrice!

29 nov. 2011

La vi(e)lle aseptisée : mise à jour spontanément lilloise

LU ce matin dans le quotidien gratuit "DirectLille", les paroles du responsable du service commerce de la ville à propos de la mise en application de la charte des terrasses, notamment pour les établissements situés entre la Grand'Place et la place Rihour (plus d'infos ici)

"En gros, on ne veut pas que les restaurateurs installent des parasols Heineken avec des tables en plastique. Avec la beauté architecturale du centre, ça ferait désordre."

La vi(e)lle aseptisée à son paroxysme.


(bon du coup la fastidieuse démonstration précédente passe un peu pour de la masturbation intellectuelle...)

9 nov. 2011

Storytelling S01E01

Les grands projets urbains et architecturaux s'affichent de plus en plus dans les médias et dans les "maisons du projet" qui fleurissent entre les mauvaises herbes qui envahissent les terrains en friche. On y raconte de belles histoires de rénovation urbaine et de développement durable. Abondamment illustrés grâce aux techniques modernes, ces projets prennent des allures fantomatiques parfois irréelles au travers des nombreuses images photoshopées très séduisantes. Malheureusement la réalité rejoint trop rarement ces visions attendues par le public. C'est progressivement un urbanisme dématérialisé qui prend place dans la tête des gens, ces visions virtuelles idéalisées nourrissent l'imaginaire des citadins qui attendent que leur ville évolue et répondent enfin à ce qu'ils attendent d'elle.


Le "grand Paris" est le dernier exemple en date, les dizaines de concertations publiques et les montagnes de projets imaginés par les plus grandes agences du monde, ne sont toujours pas sortis de terre, malgré une volonté politique forte. Pour aller plus loin sur ce sujet, l'article de métropolitiques sur l'urbanisme fictionnel, ici.

À New York cela fait plus de 10 ans que le cœur de Manhattan affiche toujours cette plaie béante qui peine à se cicatriser. Le chantier bat son plein pour achever les nouvelles tours du complexe imaginé par l'architecte Daniel Libeskind qui redessinera sans surprise la skyline de New York tout en réconfortant le cœur des américains. C'est au final une proposition classique de tours conventionnelles dans le pur style international qui se dresseront fièrement à partir de 2014. Surement trop occupés par les complications administratives, financières et humaines, les acteurs du projet ont dû oublier d'innover à un endroit qui méritait ce genre d'attention. 

The New World Trade Center from PIRANHA NYC on Vimeo.

Une histoire en 3 actes, les ouvriers sont présentés comme les acteurs de ce changement, ce sont eux les héros, exceptionnellement sur ce chantier emblématique tous les ouvriers sont américains, du jamais vu! Tellement pressé d'en finir, hop! un peu de construction virtuelle accélérée. Progressivement la vie réinvestit les lieux, les traders remplacent les ouvriers qui ne sont plus trop les bienvenus dans ces tours abritant ce qu'il reste de la puissance économique américaine. Le projet terminé est présenté, la musique devient plus dynamique, les gentils ont repris leur place que les méchants avaient injustement attaqué. La page est tournée. Du haut de la tour les nouveaux employés sont tournés vers le futur, le doigt pointé sur l'horizon, New York a retrouvé un visage présentable, Happy end !!!    


À Paris, alors que le projet des tours jumelles à la Defense s'enlise dans des problèmes juridiques, fonciers et sociaux bien de chez nous, la campagne marketing est lancée. Ces nouvelles tour dessinées par Norman Foster (encore lui... ) s'élanceront à 324m pour le plaisir du groupe russe Hermitage immobilier. Bien que tout le monde pourra en profiter, étant donné l'impact visuel sur la ligne d'horizon, le programme est réservé à une certaine élite: hotel 5 étoiles, centre de Thalassothérapie, appartement panoramique et bureaux (on est quand même dans un quartier d'affaires).


On découvre le projet à bord de l'avion Virgin galactique du milliardaire Richard Branson juste après avoir fait un tour dans l'espace, quitter la terre pour mieux y revenir... La volonté de créer un nouveau signal pour Paris est largement atteinte, en concurrence directe avec la tour Eiffel symbole du progrès de l'industrie, l'Hermitage représente la richesse et la domination d'une élite économique. Nous faisons la visite aux cotés d'une riche et belle jeune femme, la vie est belle les gens sont beaux riches et gentils...


Dans la continuité de ces projets titanesques qui peinent à répondre vraiment à ce qu'on attend d'eux, le Projet du futur stade de Bordeaux par Herzog et de Meuron via l'analyse de sa vidéo de présentation, article ici

Et pour rebondir sur la vision de certains architectes, urbanistes et décideurs, l'excellente présentation du collectif de jeunes urbanistes de Bordeaux, un regard nouveau et décalé sur un domaine plein de gens trop sérieux, l'excellente vidéo ici et leur site 

Toute cette agitation prospective pleine de bonnes intentions se heurte toujours à un tas de complications  qui au mieux ralentissent les projets quand elles ne les massacrent pas complétement. Certains en sont même à se demander si il faut pendre les architectes! Dans une société animée par les affects où l'information se doit de constituer un spectacle permanent (la théorie c'est dans le livre "la société du spectacle" de Guy Debord) la ville incarne un acteur récurent. Mais elle ne doit pas succomber à l'effet d'annonce et à l'événementiel qui s'inscrivent dans un temps trop court pour l'architecture. 

La vi(e)LLe aseptisée : totalitarisme urbain de demain ?

Pas besoin d'être un géographe aguerri ou un sociologue chevronné pour avoir remarqué le phénomène. Notre société évolue vers toujours plus d'individualisme, d'entre-soi et de ségrégations (même si certains, apparemment, se bougent pour que ça change). La conséquence spatiale la plus évidente de cette mutation est l'explosion des "Gated communities", phénomène apparu aux Etats-Unis mais qui aujourd'hui s'est largement répandu à travers le monde, où plutôt a littéralement envahit par privatisation et isolation des espaces auparavant publics et générateurs de liens sociaux (qui s'offusque d'une rue privée à Paris ? qui même a remarqué sa présence ?). Le principe est simple : chacun a sa belle et grande maison, son jardin bien entretenu, tous les voisins sont gentils, il fait beau, tous les services sont a disposition, des dizaines de caméras assurent votre sécurité; ainsi la vie est belle et chaque réveil est comme une nouvelle renaissance. Ca ne vous rappelle rien ? Moi si....


L'une de ces deux images est tirée d'un film... laquelle à votre avis ?

Avec ces communautés séparées du reste du territoire, ce sont de véritables univers urbains parallèles qui on été créés. Des univers artificiels qui sentent à vomir la peinture fraîche et la peur de l'autre. Des univers créés de toutes pièces à l'image de Seahaven, la ville sous globe du gigantesque real-tv show The Truman Show (génialissime et indispensable film de Peter Weir sorti en 1998). La ville du faux où les parents indignes sont bannis et expulsés par des agents de sécurité déguisés en civils/figurant dans cette hypocrite mascarade urbaine. 

Papa SDF mal rasé qui pue la vinasse ? .... D-E-H-O-R-S !

Bien sûr c'est une extrapolation à partir de ressorts dramatiques propres au scénario du film. Mais aujourd'hui il est vraisemblablement devenu difficile de vivre en commun et de partager un même espace entre animaux civilisés. C'est même devenu pour certains, pour beaucoup dirais-je (et j'en fais partie), tellement désagréable que le refuge dans une bulle personnelle rassurante est devenu une habitude. S'isoler acoustiquement de la ville est devenu un nouvel art de vivre la ville.


L'acte de mettre un casque sur ses oreilles et écouter du bon son en s'imaginant héros d'un film de guerre des gangs arpentant virilement et cow-boyement son territoire a évidemment quelque chose d'excitant, de stimulant et de plaisant. Mais on peut aussi l'interpréter comme un acte de "customisation" de la ville. Comme l'illustre cette vidéo, un morceau de musique nous coupe du brouahaha chaotique d'un centre-ville aux heures de pointes ou du calme effrayant d'une cité dortoir en rentrant du boulot. Mais c'est aussi un acte d'appropriation de l'espace urbain, celui qui met son casque ne fait rien d'autre que de personnaliser l'espace pour se sentir plus à l'aise et s'isoler du regard, du bruit ou des odeurs de ses si étranges et malveillants semblables. La vi(e)lle aseptisée, c'est ça. 

Les incivilités, les comportements hors-normes, on ne les supporte plus. Ainsi, ce sont de véritables campagnes de publicité/préventions qui sont financées par les collectivités pour (désesperemment ?) lutter contre les incivilités dans les transports en commun. 

Campagne de la RATP, avec une symbolique si évocatrice quand à l'état de notre société et de nos rapports sociaux ! à retrouver détaillée et commentée ici

Le monde stérilisé et trop propre de The Truman show ne semble plus si loin. Un nom a même été donné à cette façon de concevoir l'espace public discrimante à l'égard des marginaux (les sans abris notamment) et qui s'est dramatiquement généralisé: l'urbanisme de prévention situationnelle. Le principe est simple : empêcher par la conception tout comportement déviant et potentiellement nuisible. 


Le banc anti-sdf, un grand classique.. ici dans sa version hard et bankable.

Allez, maintenant, soyons cynique un petit peu. Repensez à tous ces projets d'écoquartiers, de ville verte, de nature en ville, de belles promenades autour de canaux remis en eau qu'on nous fait bouffer à longueur d'élections municipales... avez vous ne serait-ce que la capacité d'y imaginer des alcooliques, des prostituées, des dépravés, des sans-abris, des kékés-tunning, des pédophiles, de la viande saoûle, de la capote usagée (CF prositution bas de gamme), ou pire ? Si vous savez faire ça, alors rejoignez tout de suite cette équipe d'urbanistes funky ^^

Poussons le vice jusqu'au bout: dans une société aseptisée, qui aurait encore le droit de dire des banalités susceptibles de heurter les oreilles des citadins puritains ?  et si on inventait des murs anti-tags auto-nettoyants à la Silvester Stallone ? (un autre grand film à voir... cf rubrique "documentation")

Mais alors, les beaufs, les ratés, les moches, les puants, les chômeurs, les célibataires désespérés, ils ont pas le droit à la ville eux ? Et si demain, la ville se fragmentait entre Gated communities et Loosersland? C'est donc ça notre avenir urbain ? Et le droit d'être malheureux, pas beau et de mauvaise humeur, ce n'est pas la plus basique des libertés ? Allons nous laisser imposer ce totalitarisme de la vi(e)lle aseptisée ? Prenons exemple sur notre héros du jour, fuyons cet vi(e)lle artificielle, osons retrouver la liberté, le chaos et le désespoir !